Et puis il y a les petites choses

 


On aime bien les tremblements de terre ! On adore lorsqu’un truc fait vibrer notre univers, une magnifique nouvelle qui tombe, ce projet qui se concrétise, cette promotion tant attendue, la signature pour un chez-soi, pour une vie, deux lignes rouges, une rencontre comme un ouragan, un je t’aime inespéré ... Les tremblements de terre font couler des larmes et de l’encre depuis toujours. 

Et on s’y accroche tellement qu’on oublie les petites choses

Perdus dans notre quête de l’absolu, on fonce vers un but grandiose, les yeux fermés, le cœur rempli d’espoir, un grand rocher posé sur nos épaules. En nous ne prêtons même pas attention à tous les petits cailloux semés sur notre chemin. Et puis une fois arrivés en haut de la montagne qu’on a tant galéré à conquérir, on essaie de poser notre rocher dans l’énorme vide qui s’y trouve. Et, stupeur, cela ne marche pas ... le vide est toujours là, presque encore plus grand qu’avant, presque en se moquant de nous et de nos efforts.

Et alors on fait chemin inverse, la tête baissée. On retourne sur nos pas, sans direction, sans repères. Et c’est alors qu’on commence à remarquer les petits cailloux. Tiens, un qui ressemble à une d’étoile, un blanc, un noir, beaucoup vêtus de multiples nuances de gris, quelques-uns ont des formes rigolotes comme un fou rire, un autre creux comme une tasse, des galets comme des câlins qu’on offre à volonté, comme des sourires, comme des gouttes de miel qui tombent d’une tartine de pain grillé un matin où tout est calme. 

Et on les ramasse, un par un, on en rempli nos poches, nos mains, et notre cœur. Et on revient en haut de notre montagne, et on les jette dans ce vide qu’on ne savait pas comment combler. Puis on y retourne. Et on en ramasse encore, et encore. Les poches pleines, l’ascension de la montagne une fois, deux fois, dix fois, mille fois, c’est de plus en plus facile, elle semble de moins en moins haute, et, petit à petit, le vide se remplit de petits cailloux, comme des sourires

Et la montagne n’est plus là. Et nous ne sommes plus les mêmes.

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