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  “Tu vas me lire une histoire ?” Je l’ai regardé, surprise. Les dernières fois quand il avait dormi chez moi, je lui avais lu les histoires d’un écureuil qui construit un mur autour de son arbre, en découvrant ainsi qu’ en isolant son univers de celui des autres, on ne le protège pas, mais au contraire, on l’appauvrit . Bref, je m’éloigne du sujet. Je me dirige vers la chambre de ma fille, je prends un beau livre avec une fin rigolote et je continue ce qui est devenu, sans que je m’en rends compte, un chouette rituel. “Les filles ne se rendent pas compte ... Elles font tout un tas de trucs pour être plus attirantes, plus belles, pour se mettre en évidence ... alors que tout ça n’a aucune importance. On tombe amoureux d’un regard perdu, d’une mèche de cheveux qui ne veut pas rester en place, d’un bras qui se lève.” Il m’avait dit ça lors d’un chocolat chaud, il y a quelques milliers d’années. Je viens de le comprendre aujourd’hui, en pensant à mon écureuil qui dépensait une énergie fol

Quelques gouttes de café

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  Et si on parlait café ce matin ? J’aime bien le mien avec du lait, dans une grande tasse, de préférence légère, jolie, voir même belle, je dirais presque ergonomique, même si je vous l’accorde que cela ne change en rien le goût du liquide qu’elle contient, mais le café, comme le thé, c’est avant tout une question de sentiments. J’étais assise sur la chaise, ou plutôt je m’étais mise en boule sur la chaise, mes jambes pliées, mes bras autour d’elles, ma tasse de café presque brûlant dans mes mains.  On parlait politique, c’est bien beau ces t-shirts à cinquante euros que tu achètes afin d’encourager la petite boutique française, et ces sacs en coton que je me trimballe afin d’éviter le plastique lors de mes courses, et ces produits de beauté que tu te fabriques avec des ingrédients commandés sur Internet et dont l'empreinte carbone est cinq fois plus grande que le déo du supermarché. C’est bien beau tous ces ampoules basse consommation qui nous donnent le sentiment de changer le m

You jump, I jump, Jack

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  "You jump, I jump, Jack !" Rory Gilmore, The Gillmore Girls Parfois, il faut juste continuer. Même si on a l’impression que la route que l’on suit ne mène nulle part. Même si chaque pas porte le poids d’encore une nouvelle incompréhension. Même si on a peur de se retrouver dans un endroit dont les points cardinaux ne correspondront jamais aux nôtres. Même si celui qui marche à nos côtés n’est parfois qu’une ombre toute froide.  Parfois, il faut juste y croire. Je me souviens de ce jeu d’enfant : on se laisse tomber en arrière et l’autre nous attrape. Sauf qu’en grandissant on égaré notre capacité à croire. Pas juste en l’autre. Mais aussi en nous-mêmes. On doute d’abord que quelqu’un soit là pour nous attraper. Et on doute ensuite de notre capacité à attraper celui qui en besoin, au moment où il en a vraiment besoin. Nos mécanismes de défense deviennent des peurs, qui nous dessinent une image déformée de nous-même.  Souvent, croire, c’est tout simplement être celui qui est

Mon pays, un peu comme une maison, un peu comme une enfance

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  Il était une fois mon pays. Je n’en avais pas vraiment conscience.  Un pays, c’est un peu comme la maison qui t’as vu grandir. Enfant, tu ne prends jamais le temps d’y penser. Elle est là, tout autour de toi, elle abrite ton univers, tes doudous, tes chagrins, tes fous rires, le yaourt que tu as versé sur la jolie nappe toute neuve. Puis un jour, tu la quittes sans regarder en arrière, car, en fin de compte, ce ne sont que des murs. Et des murs, il y en a plein dans le monde. Et le monde est vaste.  Et un jour, tu en trouves une autre. Qui devient la tienne. Et parfois, ton âme requit un temps d’adaptation. Chez soi, c’était là-bas pendant toute une vie, puis petit à petit chez soi, c’est devenu ici aussi. Et souvent, la maison de ton enfance devient symbole même de cette enfance , de l’insouciance, et des choses simples.  Comment parler donc d’un pays que l’on a quitté il y a plus de quinze ans ? D’un pays qui ne semble plus être le même. Ma Roumanie à moi est restée figée dans ma

Les mots

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J’ai collé mon front à ton dos cette nuit et je t’ai dit que je t’aimais .  Tu dormais.  Il faisait noir, ta respiration rythmait des rêves suspendus encore dans l’air, je crois que j’étais à moitié endormie encore.   J’ai  toujours été fascinée pas les mots.  Petite, je passais mon temps à les  cueillir dans les livres que je lisais, puis à les choisir et à les tisser dans des histoires que je me fabriquais.  J’en prenais soin, je ne les utilisais jamais au hasard.  J’avais compris assez tôt qu’ un mot pouvait blesser, ou soigner .  Il m’a fallu un peu plus de temps pour me rendre compte aussi à quel point leur absence peut creuser un vide dans les édifices les plus solides. En changeant de pays et de vie, mon rapport aux mots a évolué aussi.  Avec cette nouvelle langue qui se creuse de plus en plus un chemin vers mon cœur, j’ai l’impression d’avoir ajouté une nouvelle dimension à ma façon d’exprimer ce que je ressens.   Un je  t’aime n’a pas le même poids, et je peux dire merde sa

Et puis il y a les petites choses

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  On aime bien les tremblements de terre ! On adore lorsqu’un truc fait vibrer notre univers, une magnifique nouvelle qui tombe, ce projet qui se concrétise, cette promotion tant attendue, la signature pour un chez-soi, pour une vie, deux lignes rouges, une rencontre comme un ouragan, un je t’aime inespéré ... Les tremblements de terre font couler des larmes et de l’encre depuis toujours.  Et on s’y accroche tellement qu’ on oublie les petites choses .  Perdus dans notre quête de l’absolu, on fonce vers un but grandiose, les yeux fermés, le cœur rempli d’espoir, un grand rocher posé sur nos épaules. En nous ne prêtons même pas attention à tous les petits cailloux semés sur notre chemin. Et puis une fois arrivés en haut de la montagne qu’on a tant galéré à conquérir, on essaie de poser notre rocher dans l’énorme vide qui s’y trouve. Et, stupeur, cela ne marche pas ... le vide est toujours là , presque encore plus grand qu’avant, presque en se moquant de nous et de nos efforts. Et alors

Des boîtes, des morceaux de vie dans des boîtes, et surtout le manque d'une vie comme avant

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  Je suis devenue minimaliste par accident. Il y a eu, à un certain moment, un trop-plein dans ma vie. Et la seule réponse que j’ai pu trouver ça a été de ranger mon garage. Et me confronter avec les cartons que j’avais déménagés d’un appart à l’autre sans même pas les ouvrir. Et avec des boîtes remplies des choses gardées au cas où. Et avec une énorme araignée qui n’avait pas du tout l’air contente de mes investigations. Bien trop souvent, on enferme nos vies dans des cartons. Nos souvenirs, nos désirs, nos rêves, on essaie de bien les ranger, pour bien les protéger. On entasse nos rêves et notre envie de vivre dans des boîtes “pour plus tard”, pour ce moment quand on aurait perdu ces quelques kilos, pour quand la personne parfaite fera irruption dans notre vie sur un cheval blanc, pour quand tel ou tel souci sera passé, pour ce jour magique quand tout ira bien. Sauf que ce jour n’arrive jamais. Et nos boîtes se recouvrent d’une poussière de plus en plus épaisse. Et on se rend compte