Mythologie à 23 ans, mon français d’école, et oui, j’ai retrouvé mes gribouilles “littéraires”

 

Lorsque j’avais 23 ans, je me posais des questions sur l’évolution des mythes et des religions. Lorsque j’avais 23 ans, je venais juste de débarquer en France et je parlais un français académique, froid, et sûrement très politically correct. Sans gros mots en tout cas. Lorsque j’avais 23 ans, j’écrivais des trucs comme ça :


Zeus et Dieu se sont rencontrés sur une petite rue allant nulle part, une rue dont le nom était « l’oubli ». Ils se sont reconnus de loin, car leurs visages étaient si simples, si banals qu’il était impossible de les confondre avec un autre. Ils se sont attablés dans une terrasse dont la vue donnait sur le mont Olympe.

– Il me semble parfois que c’était hier quand j’ai apprivoisé les nations sauvages, quand j’ai donné un sens à tout ce qui avant n’en avait pas, dit Zeus.

– Il me semble parfois que c’était hier quand j’étais la boussole de toutes ces nations égarées dans un monde qu’ils ne comprenaient plus, dit Dieu.

– Tout à commencé avec les nouvelles idées, avec les nouvelles habitudes, avec les nouvelles modes. Ils voulaient être plus libres, plus cruels, plus différents, plus modernes, dit Zeus.

– Et même aujourd’hui ils n’ont pas compris que la vraie liberté n’est pas de tout faire, mais de savoir ce qu’il faut faire, ajouta Dieu.

– Un jour je me suis rendu compte que mon univers s’était détruit comme un château de sable. L’oubli avait creusé chaque jour des niches dans une architecture que je croyais impénétrable. Et toi, quand est ce qu’ils ont commencé à t’oublier ?

Dieu leva sa main avec le tact d’une prophétie.

– Le jour quand ils m’ont rencontré la première fois. Chaque rencontre contient en elle l’embryon de l’oubli. C’est juste une question de temps avant que ce rhizome ne commence à pousser ses tiges venimeuses.

– Je n’étais jamais tout puissant. Ce sont les hommes avec leurs âmes et leurs désirs qui m’ont donné la force, dit Zeus.

– On n’a jamais de la force propre. On ne fait que multiplier leur croyance pour répondre à leurs désirs ou à nos propres égoïsmes, ajouta Dieu. Et c’est leur oubli qui nous tuera un jour …

Autour d’eux, les comportements jubilatoires des touristes étaient comme des rideaux de bruits qui suffoquaient l’air de la matinée. La petite rue ressembla à une passerelle entre deux mondes différents.

– Elle mène où cette rue sur laquelle nous sommes ?

– Nulle part.

Leur palabre a peut-être durée encore longtemps, quelques siècles peut-être. De loin, leurs profils se confondaient avec celui du mont Olympe, qui devenait chaque jour de moins en moins imposable sous le baiser infini du temps.

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